Au-delà du désordre : ce que révèle vraiment l’accumulation compulsive d’objets

Publié le 5 janvier 2026

Derrière l'amas d'objets qui envahit un logement se cache souvent une souffrance psychique méconnue. Le syndrome de Diogène, loin d'être un simple manque de volonté, est un trouble complexe lié à des mécanismes de protection inconscients. Décryptage d'une réalité souvent mal comprise par l'entourage.

Le syndrome de Diogène : des origines et des manifestations plurielles

Intérieur encombré d'une multitude d'objets hétéroclites

Identifié dans les années 70 par le Dr Clark, ce syndrome se caractérise par des attitudes extrêmes vis-à-vis des possessions matérielles, de l’hygiène corporelle et des interactions sociales. On le rencontre plus souvent chez les seniors, mais il peut toucher des individus de toutes les générations. Il est crucial de comprendre qu’il ne s’agit pas forcément d’un symptôme d’une autre maladie mentale, comme Alzheimer. En réalité, près d’une personne sur deux présentant ce trouble ne souffre d’aucun diagnostic psychiatrique avéré.

L’accumulation, un bouclier contre les blessures de la vie

Pour le psychogériatre Jean-Claude Monfort, ce syndrome agit fréquemment comme une réaction à un choc émotionnel profond. Une séparation douloureuse, la perte d’un être cher ou un bouleversement soudain peuvent, à tout âge, ébranler les fondations d’une personne. L’accumulation frénétique d’objets devient alors une stratégie de survie psychologique, une carapace construite pour se protéger du monde extérieur.

À l’instar du philosophe antique Diogène, qui a choisi une vie d’extrême simplicité, les personnes concernées érigent cette barrière matérielle comme une forteresse intérieure. Chaque objet empilé, même insignifiant aux yeux des autres, répond à un besoin viscéral de sécurité et de maîtrise face à un sentiment d’angoisse diffus.

Un accompagnement délicat : pourquoi les interventions brusques sont à proscrire

La grande difficulté vient du fait que les personnes vivant avec ce syndrome ne sollicitent quasiment jamais d’aide, car elles ne perçoivent pas leur situation comme anormale. Cette absence de demande rend l’intervention des proches ou des professionnels particulièrement complexe. Jean-Claude Monfort insiste sur la nécessité d’une approche graduelle, empreinte de respect, qui consiste d’abord à entrer dans son univers sans le juger.

Un nettoyage forcé et rapide du logement peut avoir l’effet d’un véritable traumatisme, parfois aux conséquences dramatiques sur la santé mentale et physique. Il est donc primordial de procéder avec une extrême délicatesse, en s’entourant de compétences variées et en bannissant tout esprit de reproche, pour initier un changement en douceur et sur la durée.

Comment soutenir un proche concerné ? Les clés d’un accompagnement réussi

Schéma illustrant les comportements liés à la syllogomanie, forme d'accumulation compulsive

La gestion de ce trouble est un marathon, pas un sprint. Elle requiert une alliance entre la famille, les amis, les services sociaux et les soignants. Le but n’est pas d’imposer un changement radical du jour au lendemain, mais d’offrir un soutien constant et bienveillant, en épousant le rythme propre à la personne.

Aider un être cher dans cette situation est un chemin semé d’embûches, qui exige une grande résilience. Cependant, en cultivant une écoute active, une empathie sincère et en misant sur un accompagnement psychologique sur mesure, il est possible de voir les comportements s’atténuer peu à peu, permettant à la personne de retrouver un environnement plus serein et sécurisant.